Allocution de Sa Majesté le roi Willem-Alexander à l’occasion du dîner d’État dans le cadre de la visite d’État du Président de la République française, Emmanuel Macron, Amsterdam


Monsieur le Président,
Madame Macron,

Quel plaisir de vous recevoir à Amsterdam!
Mon épouse et moi-même attendions votre visite avec impatience.
Une visite de printemps, alors que les arbres reverdissent.
Comme l’amitié entre la France et les Pays-Bas. 
Une amitié profondément enracinée qui se renouvelle constamment!
Vous vous trouvez au palais royal d’Amsterdam, un lieu approprié.
Ce palais respire encore l’esprit français.

Car c’est ici même que s’installa le premier roi des Pays-Bas.
Louis Bonaparte, frère de l’empereur Napoléon Ier.
Il a régné quatre ans sur le royaume de Hollande, il y a plus de deux cents ans.

On l’oublie parfois, mais ce sont les Français qui ont fait de notre république une monarchie. 
On pourrait dire que celle-ci s’est bâtie sur les idéaux de la Révolution française – à quelques détails près... 

Louis Bonaparte a transformé l’hôtel de ville en palais, ce qu’il est encore aujourd’hui.

Les bureaux sont devenus des salons, le tribunal est devenu la salle du trône.
Et les cachots, des caves à vins.
Comment faire plus français!

La vérité est que nous, Néerlandais, devons beaucoup à cette époque.
Les Français ont introduit l’état civil, le cadastre, et le système métrique. 
Ils ont posé les bases du Rijksmuseum, de la Bibliothèque royale, et de l’Académie des sciences. 

Mais c’est le Code Napoléon qui est peut-être le plus beau cadeau de la France. 
Le fondement de notre État de droit et de notre conception du rapport entre l’État et les citoyens.

Les citoyens sont libres! Ils sont tous égaux devant la loi ! Ce sont des valeurs essentielles.
Les mêmes valeurs qui nous unissent aujourd’hui encore. 

Des valeurs que vous, monsieur le Président, défendez activement. 
Dans votre pays et à l’étranger.

Comme vous, nous sommes très attachés à la liberté et au droit. 

La violence et la terreur ne doivent plus jamais régner en Europe.
C’est pourquoi nous soutenons le peuple ukrainien dans sa résistance à l’agression russe.
Nous construisons avec vous une Europe résiliente, capable de faire ses propres choix. Et pour cela, nous voulons coopérer avec tous les partenaires de bonne volonté. La renaissance de l’Europe devient réalité. 

Et votre vision et votre énergie sont indispensables à cette fin. 
Comme exemple parfait, votre initiative en faveur d’une Communauté politique européenne, avec les voisins de notre Union. 

Vous œuvrez aussi à d’importantes réformes dans votre pays. 
Réformer, ce n’est pas simple.
Nous en faisons aussi l’expérience aux Pays-Bas! 

Les changements peuvent affecter profondément la vie des gens et susciter de fortes émotions. 
Cela se comprend. 

Voilà pourquoi nous devons être fiers de nos sociétés libres, où chacun peut faire entendre sa voix de façon pacifique.

Je pense à Voltaire, un réaliste dans l’âme. 
Voltaire fait observer que nous vivons dans un monde imparfait, plein de violence, d’injustice et de revers. 
Mais, que dans ce monde, nous ne sommes pas impuissants! 
Son message est simple: 'Il faut cultiver notre jardin.' 

Il faut cultiver notre jardin! 
Et il ne s’agit pas seulement de notre propre parcelle, de notre village, ni de notre pays. 
Mais du monde entier! 

Si nous voulons un monde meilleur, il faut nous mettre au travail! 
Sur le terrain social, économique et écologique.

C’est aujourd’hui plus important que jamais. 
Notre jardin, notre monde, est menacé par le changement climatique et la perte de biodiversité. 
Pour vous comme pour nous, cela relève de l’urgence absolue. 

C’est pourquoi Paris est notre référence. 
Paris est plus qu’un centre de culture et de civilisation. 
C’est aussi la ville de l’accord sur le Climat, qui nous oblige à agir concrètement.

Et bien sûr – c’est ici le passionné de sport qui parle –, Paris, c’est la ville des Jeux olympiques, l’année prochaine. 
J’en suis ravi!

Monsieur le Président, nous fêtons ce soir notre amitié avec vous et l’ensemble des Français. 
Pas seulement en tant que partenaires européens, mais aussi en voisins directs. 
Comme vous le savez, nous partageons une frontière entre Saint-Martin et Sint Maarten, dans les Caraïbes.

Je suis convaincu que votre visite renforcera encore nos relations.

Nous souhaitons tout le bien possible à la République française. 
Car pour nous, pour l’Union européenne, l’OTAN et le monde entier, il est capital que la France soit forte, prospère et confiante. 
Nous sommes impatients d’entendre les paroles que vous nous adresserez tout à l’heure... et si vous le voulez, vous pourrez bien sûr le faire dans ma langue maternelle...

Mais je vous invite d’abord tous à porter un toast.

À votre santé monsieur le Président et Madame Macron.
À l’amitié entre la République française et le Royaume des Pays-Bas!